Robert nous a quitté.

Il y aurait tant de choses à dire aujourd’hui pour rendre à Robert l’hommage qui lui est dû. 
Robert a marqué de son empreinte notre commune. Ceux qui l'on connu ici à Vaulx-en-velin, savent combien il était un formidables militant, mesurent ce que son engagement a permis de faire avancer dans notre ville. C’est un peu grâce à lui que Vaulx en Velin est ce qu'elle est aujourd'hui.

Vous me pardonnerez, Robert me pardonnera, les blancs que comportera mon évocation rapide de sa vie militante, mais 90 ans d'une vie bien remplie, c'est un livre qu'il faudrait pour tout raconter.

Maire de 1966 à 1977, c'est à cette période que l'état impose au commune par décret la construction des ZUP, notre commune passant de 20 000 habitants en 1972 à plus de 43 000 en 1978. Il a dut se battre pour gagner les moyens nécessaires pour réaliser tous les équipements indispensables à ce développement démographique.

C'est sous son mandat notamment que s'est déroulé la construction du centre Lamaze, l'apparition de l'actuel Hôtel de Ville, les écoles Henri-Wallon et Langevin de la résidence Croizat, des colonies de vacances en Corse etc…

Parallèlement à ce développement de notre commune en 1975, ce fut l'annonce de la fermeture de Rhône Poulenc Textile, la plus ancienne et la plus importante entreprise Vaudaise. Cette décision, malgré de grandes luttes, a sinistré le quartier des cités Tase et la commune tout entière.

Robert, si certains aujourd'hui se font ovationner par les patrons, toi tu étais du côté des salariés. Tu n'as pas hésité à organiser un conseil municipal extraordinaire dans la cour de l'usine pour aider les salariés de Rhône Poulenc.

Robert ton engagement c'était aussi le combat anti colonial. Tu as été marqué par tes deux années passée en Indochine.

C'est en janvier 1947 que tu embarques comme militaire engagé. A cette époque tout est fait pour te mettre en condition pour torturer et violenter le peuple vietnamien. Tu assistes à l'assassinat d'un vietnamien qui aura la tête tranchée par un légionnaire. Refusant de participer à cette sale besogne tu te tires une balle dans le pied, seulement deux mois de répit. A l'issue tu refuses d'obéir quand on te donne l'ordre d'abattre un homme. S'ensuit la prison dans des conditions déplorables puis un procès qui donnera un non-lieu. Tu seras mis au placard jusqu'à la fin de ton contrat en 1949.

Robert ton engagement a été et est toujours apprécié par le peuple Vietnamien. Tu as eu le courage comme d'autres de dire non à la barbarie. Ils n’étaient pas si nombreux ceux qui, avec les communistes et le journal l’Humanité, s’étaient dressés contre la sale guerre d’Indochine, se couchant sur les voies des trains d’armes, s’opposant au chargement des navires qui approvisionnaient les troupes coloniales. La suite fut un long combat de solidarité associant aux militants de la première heure des progressistes, des chrétiens, des gens de cœur. La figure rayonnante et modeste de l’Oncle Ho, Ho-Chi-Minh, symbolisait un peuple tandis que la photo d’une fillette, le dos en flamme sous le napalm, devenait l’acte d’accusation irréfutable des crimes américains.

Robert je voudrais te dédier ces quelques phrases d'un texte de Prévert, écrit en 1953 en soutien à Henri Martin un autre combattant de la paix en Indochine.

Cependant que très loin on allume des lampions 
des lampions au napalm sur de pauvres paillotes 
et des femmes et des hommes des enfants du Viêt Nam 
dorment les yeux grands ouverts sur la terre brûlée 
et c'est comme Oradour 
c'est comme Madagascar et comme Guernica 
et c'est en plus modeste tout comme Hiroshima

Robert nous nous étions rencontré avec d'autres camarades il y a quelques temps pour préparer une initiative sur cette période sombre. 
Pour toi pour toutes celles et ceux qui ont combattu pour la paix en Indochine, puis au Vietnam nous tiendrons cette initiative.

Je sais la fierté que tu as eu à lire l'Humanité le 2 mai 1975, elle titrait "Vietnam Victoire".

Robert jusqu'au dernier moment tu as participé à la vie politique de notre commune, tu étais à nos coté aux dernières élections municipales, et je sais que la perte de la ville t'as beaucoup marqué. C'est pourquoi malgré la fatigue tu étais présent dans la vie locale, tu n'acceptais pas le dénigrement systématique de tout ce qui avait été construit sur cette ville.

Avec Robert, nous perdons un militant modeste, discret, humain et fraternel.
Je voudrai témoigner à sa fille Murielle, à son fils Jacky, à ses petits enfants, ses arrières petits enfants, sa familles et à ses amis de la solidarité et des sentiments les plus fraternels des communistes du département du Rhône.

C’est une fierté pour le parti communiste d'avoir compté dans ses rangs des hommes tels que Robert Many, non par esprit partisan, mais parce qu’il s’agit de tendre, en toutes circonstances, individuellement et collectivement, à être utile à notre pays, à l’Homme et à L’Humanité avec de grands H. 
Robert tu étais de cela!

Robert, je voudrai pour terminer juste te lire un passage d’un poème d’Aragon chanté par Jean-Ferrat. Ce magnifique poème qui a accompagné tous tes espoirs, nos espoirs de meilleurs lendemains.

« Un jour pourtant un jour viendra couleur d'orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d'épaule nue où les gens s'aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche »

Adieux Robert, notre camarade, notre ami.

François Bailly-Maitre

Retour à l'accueil